Astrophysique des hautes énergies  
 
LES EXPLOSIONS DE SUPERNOVAE
Une longue histoire

L’astronomie moderne a découvert de nombreux objets extraordinaires – pulsars, quasars, radiogalaxies ou encore sursauts gamma – mais aucun d’entre eux n’est bien sûr visible à l’œil nu et n’a donc pu être observé dans les temps anciens. Avant l’invention de la lunette et du télescope, seuls le Soleil, la Lune, cinq planètes et quelques milliers d’étoiles peuplaient le Ciel. A ces astres bien observés et identifiés s’ajoutaient la trace laiteuse de la Voie Lactée, la nébuleuse d’Orion et une poignée d’amas stellaires. Parfois une comète venait puis repartait, apportant un élément d’imprévu à un ballet céleste bien réglé. Plus rarement encore, cinq fois au cours du dernier millénaire, une étoile est apparue dans le ciel, à un endroit où rien n’était auparavant visible. Après avoir brillé jusqu’à parfois dépasser l’éclat de toutes les autres étoiles, elle déclinait en quelques mois avant de disparaître. Trois événements de ce type furent observés au Moyen-Age, en 1006, 1054 et 1181 et deux autres à la fin de la Renaissance en 1572 et 1604. L’objet de 1006 fut le plus brillant, surpassant en intensité la planète Vénus. Celui de 1054, suivi attentivement par les astronomes chinois, est associé à la fameuse nébuleuse du Crabe observée aujourd’hui dans la constellation du Taureau. L’objet de 1181, qui fut le moins spectaculaire atteignit cependant la magnitude 0 ( c’est à dire l’éclat de la brillante étoile Véga). Baptisées « étoiles-hôtes » en Extrême-Orient parce qu’elles semblaient s’inviter dans le ciel, ces trois objets étaient en réalité des supernovae. L’origine du terme remonte à l’astronome danois Tycho-Brahé qui observa celle de 1572. Il rapporta ce qu’il avait vu dans un traité « à propos de l’étoile nouvelle » (De Nova Stella) et la dénomination « nova » est ensuite restée pour désigner une étoile présentant une brusque et considérable augmentation de sa luminosité. A peine trente ans après Tycho-Brahé, Kepler observa la supernova de 1604 et nota régulièrement les variations de son éclat. Plus aucune supernova brillante ne fut ensuite visible à l’œil nu jusqu’à celle découverte en Février 1987 dans le Grand Nuage de Magellan (une petite galaxie irrégulière satellite de la Voie Lactée). La supernova de 1987 fut cependant nettement moins spectaculaire que les cinq supernovae historiques toutes situées dans notre Galaxie. A la distance du Grand Nuage de Magellan (150 000 années-lumière) elle ne dépassa pas la magnitude 4.5 ce qui la plaçait à la limite de la visibilité à l’œil nu. Il s’agissait malgré tout de la plus brillante supernova depuis1604 et les moyens considérables mis en œuvre pour l’étudier ont fait faire d’important progrès à notre compréhension du phénomène.
L’étude moderne des supernovae commence avec Zwicky qui, à partir des années 30, organise un programme de recherche systématique, d’abord au Mont Wilson puis au Mont Palomar. En comparant les clichés d’un grand nombre de galaxies pris à intervalles réguliers, il remarque parfois la présence d’une étoile dont l’éclat a augmenté au point de rivaliser avec celui de la galaxie tout entière ! Pour qualifier ces objets extraordinaires, Zwicky accole alors le préfixe « super » au mot nova, le terme nova restant utilisé pour désigner une autre classe d’explosions stellaires beaucoup moins violentes. Le programme de longue haleine initié par Zwicky fut particulièrement fructueux puisqu’il mena à la découverte de plus de 300 supernovae en quarante ans. Toutes ces supernovae détectées dans des galaxies extérieures, à des millions d’années-lumière, étaient bien sûr invisibles à l’œil nu. Leur étude permit néanmoins d’accumuler un grand nombre d’observations qui servirent de base aux premiers développements théoriques. Il devint vite clair que le terme nova était mal adapté puisque, au lieu d’être la marque d’une étoile nouvelle, la supernova correspondait plutôt à une gigantesque explosion stellaire. Dès 1938, Zwicky proposa que les supernovae soient le résultat de l’effondrement du cœur d’une étoile, l’énergie gravitationnelle libérée étant à l’origine de l’explosion. En 1960, Hoyle et Fowler montrèrent qu’une combustion nucléaire en milieu dit « dégénéré » devient très vite explosive. Ces idées sont à l’origine des mécanismes proposés aujourd’hui pour expliquer les deux grands types de supernovae.
 
La classification spectrale des supernovae


La séparation des supernovae en deux grands types a été introduite par Minkowski dans les années 40 sur des bases spectroscopiques. Les supernovae de type I (SN I) sont caractérisées par l’absence d’hydrogène dans leur spectre alors que les supernovae de type II (SN II) présentent les raies de la série de Balmer de l’hydrogène. L’évolution du spectre est rapide. Au voisinage du maximum de lumière les raies sont vues en absorption sur un continu ayant grossièrement la forme d’un corps noir dont la température diminue au cours du temps. Les raies d’absorption sont décalées vers le bleu par effet Doppler ce qui permet d’estimer à près de 10 000 km/s la vitesse d’expansion de l’enveloppe éjectée par la supernova. Un tel spectre est produit par un objet opaque à son propre rayonnement mais après quelques mois, à la suite de la dilution causée par l’expansion, son aspect change radicalement. Le niveau du continu chute et les raies apparaissent en émission. Dans cette phase dite « nébulaire » l’enveloppe est devenue transparente et les mécanismes de rayonnement à l’œuvre s’apparentent à ceux des nébuleuses. Les supernovae de type II sont dominées par les raies de l’hydrogène aussi bien près du maximum de lumière que dans la phase nébulaire. La situation est plus complexe pour les SN I ; aussi, dans les années 80, trois sous-classes ont été définies : les SN Ia, Ib et Ic. Ces trois sous-classes ont en commun l’absence d’hydrogène (le trait commun des SN I) mais se distinguent par la nature des raies présentes dans le spectre au maximum de lumière et dans la phase nébulaire. Dans les SN Ia le spectre au voisinage du maximum est dominé par des éléments de masse intermédiaire (Si, Mg, S, Ca) avec en particulier une raie intense du silicium ionisé à 6150 Angströms. Plus tard, dans la phase nébulaire sont essentiellement représentés le fer et des métaux voisins comme le cobalt. Les SN Ib sont caractérisées par les raies de l’hélium et du fer (au maximum de lumière) alors que dans la phase nébulaire l’oxygène domine. Enfin dans les SN Ic l’oxygène apparaît d’emblée. Ces propriétés spectrales sont d’une grande importance car elles permettent une véritable tomographie de l’enveloppe en expansion. Cette dernière devenant de plus en plus transparente, c’est en effet de couches toujours plus profondes que provient le rayonnement observé. Ainsi, l’enveloppe éjectée par les SN Ia doit être composée en périphérie d’éléments de masse intermédiaire et d’éléments du groupe du fer plus en profondeur. Les SN Ib possèdent une couche externe d’hélium entourant une zone riche en oxygène alors que les SN Ic éjectent surtout de l’oxygène et peu d’hélium.

 

La courbe de lumière des supernovae
Aux différents types de supernovae identifiés par spectroscopie correspondent également des différences dans l ‘évolution de la luminosité au cours du temps (appelée courbe de lumière). Dans les SN Ia, le maximum est atteint après une vingtaine de jours. Il est suivi d’un déclin rapide qui ralentit après 50 jours. Dans un diagramme où la magnitude est portée en ordonnée et le temps en abscisse, l’évolution est alors linéaire, ce qui correspond en fait à une décroissance exponentielle de la luminosité (la magnitude étant une échelle logarithmique). Au maximum de lumière, une SN Ia brille comme plusieurs milliards de Soleils, et l’intensité de ce maximum tout comme la forme générale de la courbe de lumière, apparaissent remarquablement uniformes d’un événement à l’autre. La classe des SN Ia se comporte comme un exemple astronomique de « chandelles standards » ce qui permet de les utiliser pour étudier la géométrie de l’Univers en les observant jusqu’à des distances cosmologiques (plusieurs milliards d’années-lumière). Les courbes de lumière des SN Ib et Ic ont des analogies avec celles des SN Ia mais avec beaucoup moins de régularité d’un événement à l’autre : la largeur du pic de luminosité peut varier notablement et le maximum est typiquement cinq fois moins brillant. Les SN II présentent des différences encore plus marquées. Certaines ont, entre 25 et 75 jours après le maximum, un plateau au cours duquel la luminosité décline assez peu. D’autres décroissent plus rapidement sans passer par une phase plateau. Enfin, la courbe de lumière de la supernova du Grand Nuage de Magellan (qui était de type II) fut tout à fait inédite. Elle ne ressemblait à aucune autre courbe de lumière observée jusque là. Le maximum, sous-lumineux d’un facteur 40 par rapport aux prévisions initiales fut atteint après presque 100 jours et la phase de déclin exponentiel débuta après 120 jours. Une fois la surprise passée, la supernova de 1987 permit de mieux comprendre l’origine des grandes variations entre les courbes de lumière des SN II. Celles-ci sont attribuées aux différences parfois considérables de dimension et de composition chimique de l’étoile qui explose. L’uniformité des courbes de lumière des SN Ia témoigne au contraire qu’au moment de l’explosion les caractéristiques de l’étoile sont très semblables d’un événement à l’autre.
Populations parentes et fréquence des supernovae
De nouveaux indices sur la nature des étoiles responsables des supernovae peuvent être obtenus par l’étude de la fréquence des différents types d’explosion dans les galaxies. Les résultats montrent des différences marquées selon les types de supernovae. Les SN Ia sont présentes à la fois dans les galaxies elliptiques et les galaxies spirales alors que les SN II (ainsi que les SN Ib et Ic) sont absentes des elliptiques. De plus, la fréquence des SN II (par unité de luminosité galactique) augmente des spirales Sa aux Sd en même temps que la proportion du disque et des bras spiraux par rapport au bulbe central. Les SN II, Ib et Ic apparaissent directement liées aux régions de formation d’étoiles. Elles sont observées préférentiellement dans les bras spiraux et sont donc normalement absentes des galaxies elliptiques qui ne forment plus d’étoiles depuis des milliards d’années. A l’inverse, les SN Ia sont associées à la vieille population stellaire. On les trouve réparties assez uniformément dans les spirales et non pas seulement localisées au voisinage des bras spiraux. Leur présence dans les elliptiques montre qu’elles peuvent se produire au sein de populations stellaires très anciennes. Une distinction nette est donc à faire à l’intérieur du groupe des supernovae de type I entre les SN Ia d’une part et les SN Ib et Ic d’autre part. Les SN Ia forment un ensemble séparé et homogène alors que les SN Ib et Ic se rapprochent clairement des SN II du point de vue de leur population d’origine.
La détermination du taux de supernovae dans la Voie Lactée est un problème difficile. A partir de la fréquence observée des supernovae dans les spirales Sb ou Sc, on estime qu’il se produit de 1 à 3 explosions par siècle dans notre Galaxie, le rapport entre SN Ia et SN II étant de 1 à 3 ou 5. Dans cette hypothèse, on explique le faible nombre de supernovae galactiques observées au cours du dernier millénaire par l’absorption due aux poussières qui nous cachent de larges régions de la Voie Lactée. Les cinq supernovae historiques sont en effet toutes situées dans notre « grande banlieue » galactique et une grossière estimation prenant en compte les régions cachées montrent qu’elles pourraient ne représenter que 20% du total, confirmant ainsi l’évaluation donnée plus haut.
Bilan énergétique
Les supernovae sont parmi les événements les plus violents se produisant dans l’Univers, et l’énergie libérée dans l’explosion est considérable. Il faut pouvoir l’estimer avec une précision raisonnable avant d’entreprendre la construction de modèles théoriques. L’énergie lumineuse est la plus directement accessible à travers l’observation de la courbe de lumière. En intégrant le flux reçu au cours du temps et par la connaissance (approchée) de la distance de la galaxie hébergeant la supernova, on obtient pour l’énergie lumineuse des valeurs voisines de 1042 Joules pour les types I comme pour les types II. Le rayonnement n’est cependant pas la seule forme d’énergie produite par une supernova. L’énergie cinétique de l’explosion est calculée à partir de la vitesse d’expansion des couches stellaires mesurées grâce à l’effet Doppler. Par ailleurs, le temps mis par le spectre pour passer du stade de (presque) corps noir avec des raies d’absorption au stade nébulaire avec raies d’émission permet d’estimer un ordre de grandeur de la masse éjectée. Les valeurs de 1 à 10 masses solaires obtenues et des vitesses d’expansion atteignant 10 000 km/s donnent une énergie cinétique d’environ 1044 Joules pour tous les types de supernovae. Il est difficile de prendre conscience de l’énormité d’un tel chiffre : c’est par exemple l’énergie totale que produira le Soleil au cours des dix milliards d’années qu’il passera à brûler de l’hydrogène !… Les astronomes avaient pourtant la conviction que les SN II (et aussi les SN Ib et Ic) devaient produire sous forme de neutrinos encore cent fois plus d’énergie. Cette hypothèse s’est trouvée spectaculairement confirmée par la détection d’une poignée de neutrinos issus de la supernova du Grand Nuage de Magellan. Le 23 Février 1987 à 7h35 TU les détecteurs de Kamiokande (Japon) et IMB (États-Unis) enregistrèrent en une dizaine de secondes respectivement 8 et 12 neutrinos d’énergie comprise entre 8 et 35 MeV. Ces détecteurs avaient été construits dans le but de mettre en évidence l’instabilité du proton prédite par les théories de Grande Unification en physique des particules. Il s’agit de grandes piscines remplies d’eau très pure (2000 tonnes pour Kamiokande, 5000 tonnes pour IMB) dont les parois sont couvertes de photomultiplicateurs capables d’enregistrer le rayonnement produit quand une particule chargée traverse le détecteur à une vitesse plus grande que la vitesse de la lumière dans l’eau (rayonnement Tchérenkov). Afin de se protéger de l’effet perturbateur du rayonnement cosmique ces expériences sont installées le plus profondément possible sous terre dans des tunnels ou des mines. Elles n’ont donné aucun résultat probant sur l’instabilité du proton, mais se sont transformées en de remarquables « télescopes » à neutrinos. En pratique, ce sont les antineutrinos électroniques qui, en interagissant avec les protons de l’eau, transforment ces derniers en neutrons avec libération d’un positron. C’est ce même positron qui est détecté, grâce au rayonnement Tchérenkov qu’il produit. La dizaine d’antineutrinos enregistrée par les expériences Kamiokande et IMB permet, en utilisant la connaissance de la sensibilité des détecteurs, de remonter au flux d’antineutrinos reçu sur Terre. On obtient ensuite, à partir de la distance du Grand Nuage de Magellan, le nombre total d’antineutrinos produits par la supernova. On considère enfin que les trois familles de neutrinos et d’antineutrinos sont émises en proportions comparables. L’énergie totale emmagasinée par les neutrinos de la supernova du Grand Nuage de Magellan peut alors approximativement être estimée à six fois celle transportée par les antineutrinos électroniques, seuls détectés par l’expérience. Sa valeur dépasse 1046 Joules, soit plusieurs centaines de fois l’énergie cinétique ! Cette énergie est perdue par la supernova en quelques secondes (la durée de réception des neutrinos sur Terre) ce qui correspond à une puissance de 1046 Watts, comparable à la puissance lumineuse émise par l’ensemble des galaxies de l’Univers observable ! Malgré son caractère apparemment spectaculaire, l’émission lumineuse des SN II (et aussi celle des SN Ib et Ic) ne représente donc que 1 % de l’énergie cinétique de l’explosion et 1/10 000 de l’énergie emportée par les neutrinos. Du point de vue énergétique, les SN II, Ib et Ic sont donc avant tout des événements d’astronomie « neutrino » dont seule une très petite partie nous est accessible. Dans le cas des SN Ia, il est au contraire peu probable que l’explosion s’accompagne d’une aussi forte production de neutrinos. L’énergie totale du phénomène est donc limitée aux 1044 Joules d’énergie cinétique, l’énergie rayonnée étant environ cent fois plus faible.
Premières idées théoriques – Importance de la limite de Chandrasekhar
La somme des données d’observation accumulées sur les supernovae permet de dresser un premier « portrait-robot » des étoiles responsables des différents types d’explosion. A l’origine des SN Ia se trouvent des objets appartenant à la vieille population stellaire et qui se présentent au moment de l’explosion dans un état très semblable d’un événement à l’autre.
Environ 1044 Joules d’énergie cinétique sont libérés, et l’examen détaillé des restes des supernovae de 1006, 1572 et 1604 (toutes trois sans doute de type Ia) indique que l’étoile est entièrement détruite dans l’explosion. Les SN II, Ib et Ic sont quant à elles, produites par des étoiles de courte durée de vie et donc massives (la durée de vie des étoiles est une fonction fortement décroissante de leur masse) qui ne sont présentes que dans des régions où la formation stellaire est active. Au terme de leur évolution, ces étoiles massives sont affectées d’un fort vent stellaire qui peut leur faire perdre une part plus ou moins grande de leur enveloppe d’hydrogène. Quand celle-ci a totalement disparu, se forme alors une étoile de type Wolf-Rayet qui produit en explosant une SN Ib, si une couche d’hélium subsiste en surface, et une SN Ic si l’hélium a aussi été emporté par le vent, laissant à nu les régions les plus profondes, riches en oxygène. L’explosion des SN II, Ib et Ic ne détruit pas entièrement l’étoile. Les couches externes sont éjectées mais le cœur stellaire se transforme en un résidu compact et dense. Un tel résidu a été observé dans la nébuleuse du Crabe, reste de l’explosion de 1054, sous la forme d’une étoile à neutrons en rotation rapide (appelé aussi pulsar).
Les modèles d’explosion invoqués pour expliquer les SN Ia d’une part, les SN II, Ib et Ic d’autre part, s’inspirent des idées initialement proposées par Zwicky, Fowler et Hoyle. Dans les deux cas, le concept de masse limite de Chandrasekhar joue un rôle central. La masse de Chandrasekhar, voisine de 1.4 masse solaire, correspond à la masse maximale possible pour un objet supporté par la pression des électrons dégénérés. La pression de dégénérescence remplace à haute densité la pression classique du gaz, d’origine thermique. Elle est de nature quantique et provient du mouvement rapide des électrons confinés en grand nombre dans un petit volume et qui doivent donc acquérir une grande impulsion pour satisfaire le principe d’incertitude d’Heisenberg. Le rayon d’un objet supporté par la pression des électrons dégénérés diminue quand sa masse augmente. Au voisinage de la limite de Chandrasekhar, la réduction du rayon devient très importante, la masse volumique augmente considérablement de même que la température par effet de compression du milieu. Si celui-ci est inerte du point de vue nucléaire, la contraction se poursuit jusqu’au moment où le rayon atteint environ 1000 km. Une instabilité gravitationnelle d’origine relativiste se produit alors, qui conduit aussitôt à un effondrement rapide de l’objet sur lui-même en quelques dizaines de millisecondes. Si à l’inverse, le milieu contient un « carburant » nucléaire susceptible de s’allumer, l’augmentation de masse volumique et de température au voisinage de la limite de Chandrasekhar provoque l’allumage, en général avant que survienne l’instabilité gravitationnelle. Comme l’ont montré Fowler et Hoyle, une combustion nucléaire en milieu dégénéré est instable et mène à un emballement catastrophique. Dans un gaz classique, la pression dépend de la température. Si celle-ci croît à la suite du démarrage d’une combustion nucléaire, l’augmentation de la pression provoquera une détente du gaz qui exercera un effet de contre-réaction sur la température, stabilisant le processus. Dans un milieu dégénéré la pression ne dépend (presque) plus de la température et, quand celle-ci augmente, aucun mécanisme modérateur n’intervient. Les réactions nucléaires étant elles-mêmes particulièrement sensibles à la température, un emballement se produit : les réactions nucléaires s’allument, la température s’élève, les réactions s’accélèrent, la température croît plus vite, etc. Finalement, tout le carburant nucléaire disponible est brûlé en un temps très court.
Les supernovae de type Ia
Le scénario proposé pour expliquer l’explosion des SN Ia invoque l’embrasement nucléaire catastrophique d’une naine blanche. Les naines blanches représentent le stade final de l’évolution des étoiles jusqu’à 8 ou 10 fois la masse du Soleil. Elles sont supportées par la pression des électrons dégénérés et leur rayon est comparable à celui de la Terre. Elles sont pour la plupart constituées d’un mélange de carbone et d’oxygène. Une naine blanche isolée est un objet très stable, mais beaucoup d’étoiles appartiennent à des systèmes binaires avec possibilité de transfert de masse d’une composante à l’autre. Si la masse d’une naine blanche peut augmenter par accrétion dans un système binaire, le carbone et l’oxygène qui la constituent vont s’allumer au centre de l’étoile quand celle-ci approchera la limite de Chandrasekhar. Ce scénario général explique beaucoup de propriétés observées dans les SN Ia. Les naines blanches sont des objets anciens appartenant à la vieille population stellaire des galaxies, l’explosion se produit quand l’étoile est proche de la limite de Chandrasekhar. Sa masse est alors toujours voisine de 1.4 masse solaire, ce qui pourrait naturellement expliquer l’uniformité des courbes de lumière des SN Ia. La combustion explosive du carbone et de l’oxygène mène aux éléments du groupe du fer quand elle se produit à haute densité et à aux éléments de masse intermédiaire quand elle a lieu en milieu plus dilué. Ces caractéristiques évoquent les résultats de la spectroscopie des SN Ia qui montrent que la matière éjectée dans l’explosion est dominée en périphérie par des éléments comme le silicium, le magnésium ou le calcium et en profondeur par le fer et le cobalt. Enfin, la combustion nucléaire de 1.4 masse solaire de carbone et d’oxygène libère environ 1044 Joules, ce qui est juste la quantité nécessaire pour expliquer l’énergie cinétique de l’explosion.
Ce scénario fournit un cadre pour l’élaboration de modèles plus détaillés. Ceux-ci cherchent à préciser par exemple les conditions de l’allumage du carbone et de l’oxygène, la dynamique de l’explosion ou encore à calculer la courbe de lumière et l’abondance des éléments produits. La combustion nucléaire explosive qui embrase la naine blanche provoque sa destruction complète, mais deux séries de difficultés apparaissent toutefois. La première concerne la phase pré-supernova et peut se résumer à la question suivante : dans quelles conditions est-il possible d’amener par accrétion une naine blanche jusqu’à la limite de Chandrasekhar ? La seconde est relative à la physique très complexe du front de combustion qui se propage dans l’étoile durant l’explosion.
Les problèmes posés par la phase d’accrétion sont liés au fait que dans la plupart des cas, le compagnon de la naine blanche dans le système binaire est une étoile normale, composée principalement d’hydrogène. Or, le transfert d’hydrogène sur une naine blanche n’est pas un phénomène stable. La couche d’hydrogène qui s’accumule est sujette à des flashes nucléaires récurrents. Il s’agit des explosions de novae (ici sans le préfixe super) au cours desquelles la masse accrétée est violemment éjectée. Cette explosion en surface ne menace pas l’intégrité de la naine blanche dans son ensemble mais empêche sa masse de croître (dans la majorité des simulations, la masse de la naine blanche diminue même par « abrasion » de la couche accrétée sur le cœur carbone-oxygène). Des flashes moins violents, évitant l’éjection de la matière accrétée, sont toutefois possibles si le transfert de masse depuis le compagnon est très rapide. L’hélium résultant de la combustion de l’hydrogène s’accumule alors sur la naine blanche ce qui pose un nouveau problème. Comme dans le cas de l’hydrogène, un flash de l’hélium peut en effet se produire. Celui-ci est très violent et provoque l’allumage du carbone à la frontière entre la couche accrétée et le cœur. L’explosion d’une supernova est alors déclenchée dans des conditions s’écartant du scénario standard avec un allumage hors du centre et une masse de la naine blanche inférieure à la limite de Chandrasekhar. Les simulations de ce type d’explosion conduisent à des résultats en désaccord avec la majorité des observations en ce qui concerne la courbe de lumière et la spectroscopie. Si certains événements particuliers ont pu être produits ainsi, il paraît vraiment difficile d’expliquer l’ensemble des SN Ia par ce mécanisme. Une solution radicale au problème de l’accrétion a été proposée dans les années 80 par Iben et Webbink. Certaines estimations indiquent en effet que des systèmes binaires ultra-serrés constitués de deux naines blanches pourraient exister en grand nombre. La séparation des deux étoiles diminue à la suite de l’émission d’ondes gravitationnelles par le système jusqu’à provoquer dans certains cas une véritable coalescence des composantes. Si la masse totale est supérieure à la limite de Chandrasekhar, on aboutit à une situation potentiellement explosive en évitant la phase d’accrétion d’hydrogène. Malheureusement, cette proposition résout un problème mais en pose de nombreux autres. Comme pour le flash de l’hélium, les conditions à l’allumage sont très différentes du cas standard au point qu’il n’est ici même pas sûr qu’une supernova se produise ! Les recherches actuelles tentent donc d’identifier un chemin évolutif permettant à la masse d’une naine blanche d’augmenter par accrétion en évitant les flashes de l’hydrogène et de l’hélium. Un certain nombre de propositions ont été faites mais de nombreux points restent à préciser avant de pouvoir considérer qu’une solution vraiment convaincante a été obtenue.
La seconde série de problèmes est relative à la propagation de la flamme nucléaire dans l’étoile. Après l’allumage central du carbone et de l’oxygène, un front de combustion progresse vers l’extérieur et, selon sa vitesse, la dynamique de l’explosion et la nucléosynthèse (c’est-à-dire l’abondance des diverses espèces nucléaires produites) seront propres à chaque événement. De manière générale, un front de combustion peut se propager de manière subsonique (on parle alors de déflagration) ou supersonique (détonation). La vitesse d’une déflagration est contrôlée par l’efficacité des mécanismes de transport de la chaleur (conduction ou convection) depuis une zone en combustion vers du matériel « frais ». Dans une détonation, une onde de choc (à savoir le précurseur) comprime et chauffe la matière, ce qui amorce l’allumage. La propagation d’une détonation dans une naine blanche conduit à sa combustion complète jusqu’au fer. Aucun élément de masse intermédiaire n’est produit en contradiction avec les observations. La détonation qui se déplace à plus de 10 000 km/s « saisit » en effet la naine blanche avant que celle-ci ait pu entrer en expansion, de sorte que la combustion a lieu à haute densité. Dans le cas d’une déflagration, la vitesse de la flamme est beaucoup plus lente. Seule la région centrale est brûlée jusqu’aux éléments du groupe du fer. Quand le front de combustion atteint les couches périphériques, celles-ci sont déjà en expansion, la densité a décru et des éléments de masse intermédiaire sont synthétisés. Les complications surviennent au moment de calculer en détail la vitesse de déflagration. Diverses instabilités hydrodynamiques donnent au front de combustion une forme complexe qu’il faut pouvoir décrire avec précision pour obtenir la vitesse. Celle-ci dépend en effet directement de la surface effective de la zone de contact entre la flamme et le matériel frais. Plus la zone de contact sera complexe (fractale) plus la vitesse sera grande. Beaucoup de résultats ont été récemment obtenus dans ce domaine et la physique de la flamme est aujourd’hui mieux connue. La déflagration traverse la naine blanche en quelques secondes, produisant dans les régions centrales entre 0.6 et 0.8 masse solaire de nickel 56. Cet isotope du nickel est radioactif et se désintègre en quelques semaines en cobalt puis en fer 56. En périphérie, se forment des éléments de masse intermédiaire et l’ensemble de l’étoile est dispersé à des vitesses voisines de 10 000 km /s. C’est la radioactivité du nickel et du cobalt qui alimente la courbe de lumière des SN Ia. L’énergie produite par radioactivité (sous forme de positrons et de photons gamma) est absorbée par l’enveloppe en expansion qui la re-émet dans le domaine visible. Le pic de luminosité provient de la décroissance du nickel en cobalt, qui est essentiellement terminée après une dizaine de jours. Le maximum de la courbe de lumière intervient pourtant au bout d’environ vingt jours car le temps d’émergence du rayonnement est initialement long devant la période radioactive. Plus tardivement, quand l’expansion a dilaté l’enveloppe, l’énergie provenant de la radioactivité est émise sans délai. La luminosité suit donc une loi exponentielle dont le taux de déclin correspond à la période du cobalt.
Les supernovae de type II, Ib et Ic
Les supernovae de type II, Ib et Ic représentent le stade ultime de l’évolution des étoiles massives. Au-delà de dix fois la masse du Soleil, les étoiles brûlent dans une succession de réactions de fusion tous les éléments jusqu’au fer, l’élément le plus stable du point de vue nucléaire. Elles développent ainsi une structure en « pelure d’oignon » où le cœur de fer est entouré d’une couche de silicium en combustion à laquelle succèdent des couches d’oxygène, de néon, de carbone, d’hélium et une enveloppe d’hydrogène. Le rayon de cette enveloppe dépend beaucoup de l’efficacité du vent stellaire. Il peut atteindre un milliard de kilomètres dans la phase supergéante rouge ou avoir complètement disparu si l’étoile est devenue une Wolf-Rayet. Dans le cas de la supernova du Grand Nuage de Magellan l’analyse d’images antérieures au phénomène a permis d’identifier l’étoile responsable de l’explosion. Il s’agissait d’une supergéante bleue de 40 rayons solaires, cataloguée sous le nom de SK –69 202. La présence d’une coquille de gaz en expansion à quelques années-lumière de la supernova indiquait que SK –69 202 était passée par le stade de supergéante rouge environ 500 000 ans avant d’exploser.
Le cœur de fer situé au centre de l’étoile est au contraire très petit. Il est supporté par la pression des électrons dégénérés et son rayon ne dépasse pas quelques milliers de kilomètres. Sa masse augmente par suite de la combustion du silicium dans la couche qui l’entoure et elle se rapproche de la limite de Chandrasekhar. Le fer ne pouvant donner lieu à des réactions de fusion, le cœur atteint le seuil d’instabilité gravitationnelle alors que sa densité centrale est de quelques milliers de tonnes par cm3 et son rayon est voisin de 1000 km. Un modèle réduit de l’étoile au milliardième illustre l’énorme contraste de taille entre le cœur grand comme une tête d’épingle et l’enveloppe dont le rayon atteint 1000 m dans le cas d’une supergéante rouge et 25 m dans celui d’une supergéante bleue ! L’effondrement du cœur qui suit l’instabilité se produit en une centaine de millisecondes et on conçoit aisément que l’enveloppe ne puisse réagir en un temps si court. Elle reste spectatrice des événements qui ont lieu en profondeur avant d’être frappée par une onde de choc se propageant vers l’extérieur. Le cœur apparaît donc comme le moteur de l’explosion dont l’enveloppe est le révélateur pour le monde extérieur. Le résultat final de l’effondrement du cœur est la formation d’une étoile à neutrons (ou éventuellement d’un trou noir si l’étoile est très massive). L’énergie potentiellement disponible dans la transformation du cœur de fer en une étoile à neutrons correspond à peu près à l’énergie de liaison gravitationnelle (GM2/R, où M=1.4 masse solaire et R~10 km est le rayon de l’étoile à neutrons, G est la constante gravitationnelle). Cette énergie vaut quelque 1046 Joules et permet donc d’expliquer l’émission « neutrino » des SN II. Reste à comprendre comment ce qui débute par un effondrement est capable de convertir 1% de l’énergie en une explosion dirigée vers l’extérieur.
La première phase de l’effondrement est caractérisée par un important taux de captures électroniques et une réorganisation des espèces nucléaires présentes dans le cœur. En vertu du principe d’incertitude, l’impulsion des électrons croît à la suite de l’augmentation de la densité et des noyaux riches en neutrons normalement instables en milieu dilué, peuvent se former par captures électroniques (dans une capture électronique un proton d’un noyau se transforme en neutron en absorbant un électron et en libérant un neutrino). Quand la densité atteint 1012 g/cm3 , l’espèce nucléaire la plus représentative du cœur contient une trentaine de protons et près de soixante neutrons !
Au-delà de 1012 g/cm3 se produit un événement tout à fait extraordinaire. Les neutrinos, qui interagissent pourtant si peu avec la matière, vont se trouver piégés dans le cœur qui s’effondre. En raison de l’augmentation de la densité, leur vitesse de diffusion vers l’extérieur devient en effet plus faible que la vitesse d’effondrement. Le cœur des supernovae est ainsi probablement le seul endroit de l’Univers actuel où les neutrinos sont couplés à la matière (neutrinos et matière ont été également couplés dans l’Univers très primordial). Le piégeage des neutrinos provoque l’arrêt des captures électroniques et l’effondrement se poursuit avec un rapport du nombre de protons au nombre de neutrons fixé à environ 0.35. La réduction du nombre d’électrons par captures électroniques affecte la pression et modifie en conséquence la dynamique de l’effondrement. La région profonde du cœur, représentant 0.7 ou 0.8 masse solaire, se contracte de manière « autosimilaire » la vitesse étant proportionnelle au rayon alors que la région plus périphérique suit en chute quasi-libre. La limite entre les deux zones correspond au rayon sonique pour lequel la vitesse de l’effondrement est égale à la vitesse locale du son. Le profil de vitesse prend alors une forme « en V » caractéristique.
Quand la densité centrale atteint la densité de la matière nucléaire, soit 2.1014g/cm3 (200 millions de tonnes par cm3), les nucléons entrent en contact et ils opposent alors une grande résistance à toute compression ultérieure. L’effondrement cesse et la matière rebondit sur elle-même. L’information sur le rebond ne peut cependant être transmise au-delà du rayon sonique et une discontinuité de vitesse se forme entre le cœur profond qui rebondit et la zone externe qui continue à s’effondrer. Les deux régions entrent en collision et, dans le choc qui s’ensuit, le cœur profond cède l’essentiel de son énergie cinétique à la zone externe qui est violemment éjectée vers l’extérieur. Ce mécanisme de rebond « super-élastique » peut être illustré à l’aide d’une expérience simple utilisant deux balles en caoutchouc de masses différentes (dans un rapport de 1 à 3 environ). En les lâchant en contact l’une au-dessus de l’autre (la plus massive en position inférieure) on s’aperçoit que la plus légère rebondit bien plus haut que la position de départ alors que la plus massive qui a cédé son énergie reste posée sur le sol.
Dans la supernova, l’onde de choc qui se propage vers l’extérieur emporte une énergie qui est initialement suffisante pour provoquer l’explosion de l’étoile. Cela ne suffit cependant pas à garantir le succès du mécanisme de rebond. Une partie de la matière traversée par le front de choc subit en effet une photodésintégration totale c’est à dire que les noyaux sont brisés en protons et neutrons. Ce processus extraordinairement coûteux en énergie contribue à affaiblir le choc qui, dans la plupart des simulations, cesse de progresser après quelques centaines de kilomètres. Un moyen de réinjecter de l’énergie dans le choc a été proposé par Wilson en 1985 ; au moment où le choc stagne, un flux gigantesque de neutrinos commence à s’échapper du cœur profond de la supernova qui évacue ainsi son énergie thermique. Ce sont ces neutrinos, transportant quelque 1046 Joules, qui ont été vus par les expériences Kamiokande et IMB. Il suffit qu’ils déposent 1/1000 de leur énergie derrière l’onde de choc pour que celle-ci reparte et provoque une explosion. Le mécanisme proposé par Wilson est la capture des neutrinos par les nucléons produits par la photodésintégration des noyaux. Les premières simulations traitant ce processus de manière détaillé ont montré qu’une explosion pouvait se produire, mais que l’énergie n’atteignait que marginalement le niveau escompté pour une supernova. A partir du début des années 90, il fut réalisé que la zone située derrière le choc et chauffée par les neutrinos, était convectivement instable et devait donc être traitée à l’aide de simulations numériques à deux dimensions au moins. Celles-ci ont montré que la convection favorisait la réussite de l’explosion en permettant la circulation de la matière entre le choc et la zone où le chauffage est le plus intense. Après avoir stagné pendant une centaine de millisecondes au cours desquelles la convection s’est développée, le choc repart en emportant assez d’énergie pour faire exploser l’étoile.
Après avoir redémarré, l’onde de choc traverse d’abord la couche de silicium où une petite quantité de nickel 56 est formée par nucléosynthèse explosive. L’énergie initialement présente dans le choc est ensuite déposée sous forme thermique et cinétique dans le reste de l’étoile qui est alors en expansion. La forme de la courbe de lumière va dépendre des contributions relatives de la radioactivité et de l’énergie thermique à la luminosité. Si le rayon de l’étoile qui explose est très grand (supergéante rouge) l’énergie thermique domine le début de l’évolution et est responsable de la phase en plateau observée dans beaucoup de SN II. Si au contraire, l’étoile est une Wolf-Rayet sans enveloppe d’hydrogène et de petit rayon, le rôle joué par l’énergie thermique est négligeable et la courbe de lumière alimentée par radioactivité ressemble à celle des SN Ia. Dans le cas de la supernova du Grand Nuage de Magellan, la courbe de lumière s’explique par le fait que l’étoile responsable de l’explosion était une supergéante bleue de 40 rayons solaires. La contribution de l’énergie thermique à la luminosité a été trop faible pour produire une phase en plateau et la radioactivité a dominé après une vingtaine de jours. L’ajustement du déclin exponentiel après 120 jours a par ailleurs permis d’estimer à 0.07 masse solaire la masse de nickel 56 synthétisé.
Conclusion
Des chroniques médiévales jusqu’aux simulations numériques sur des ordinateurs ulta-rapides, les supernovae n’ont cessé d’intriguer. Le feu d’artifice cosmique qui met fin à la vie d’une étoile est l’un des phénomènes les plus violents de l’Univers. La compréhension des mécanismes d’explosion est un défi pour la physique stellaire mais le rôle joué par les supernovae dans l’évolution des galaxies est également considérable. En rejetant dans le milieu interstellaire les éléments lourds synthétisés durant sa vie passée ou au moment de l’explosion, une étoile contribue à l’enrichissement chimique de la galaxie à laquelle elle appartient. Le carbone qui constitue l’architecture des molécules biologiques ainsi que le nickel de nos pièces de un franc ont été forgés dans des étoiles qui ont explosé il y a plus de cinq milliards d’années. Les supernovae sont également la source principale d’injection d’énergie dans le milieu interstellaire. Leurs restes forment de gigantesques bulles de gaz chaud aux frontières desquelles se forment de nouvelles étoiles dont certaines exploseront à leur tour en supernova.
Même si la supernova du Grand Nuage de Magellan a représenté un événement extraordinaire, il demeure frustrant qu’aucune autre supernova galactique n’ait été observée depuis celle vue par Kepler en 1604 alors que les meilleures estimations prédisent jusqu’à trois explosions par siècle. Si, comme il est probable, c’est l’absorption due aux poussières qui réduit le nombre de supernovae accessibles, l’existence des détecteurs de neutrinos rend aujourd’hui immanquable la prochaine SN II galactique. Celle-ci se signalera peut-être à notre attention par un crépitement de flashes de lumière Tchérenkov enregistrés dans une piscine souterraine…
Mars 2003

Robert Mochkovitch