Résumé / Abstract Seminaire_IAP
« La révolution informatique dans les sciences »

Gérard Berry
Professeur au Collège de France; Chaire Algorithmes, machines et langages - Collège de France (Paris, France)

L’informatique sert depuis longtemps de moyen de calcul dans d’autres sciences, que ce soit en sciences de la nature ou en mathématiques. Son rôle a cependant été longtemps restreint au calcul de solutions d’équations mathématiques, en particulier quand on ne savait pas les aborder analytiquement. Mais un changement profond de vision apparaît actuellement de façon explosive : la pensée algorithmique et ses réalisations informatiques apportent un regard nouveau sur la façon de faire de la science, à travers l’informatisation massive des instruments, la modélisation et la simulation numérique à partir d’équations mais aussi de techniques purement algorithmiques, l’analyse de données massives mises en commun sur le Web, etc. L’astronomie a été pionnière dans ce domaine, mais même les sciences de la vie autrefois peu mathématisées sont touchées au cœur de leur action : analyses génomiques, repliement des protéines, simulation du vivant de la cellule aux organismes, etc.
L’exposé donnera de nombreux exemples dans des sciences variées. Il analysera surtout les raisons profondes de cette révolution encore plus mentale que technique, en insistant sur le fait que l’informatique s’appuie sur un schéma mental très différent de celui des sciences du 20e siècle, qui était centré sur le triangle matière-énergie-ondes et l’outillage mathématique classique. L’informatique y ajoute deux nouveaux venus, l’information et l’algorithme, d’une grande puissance mais qui obéissent à des logiques très différentes non incluse dans le schéma mental précédent. Ainsi, dans les instruments modernes, l’informatique joue un rôle égal à celui de la physique, voire permet de corriger leurs défauts intrinsèques. De même, la simulation remplace intégralement matière, énergie et onde par la seule information. Mais un problème majeur reste que beaucoup de scientifiques mêmes jeunes n’ont qu’une formation informatique très rudimentaire, alors même que l’ordinateur devient pour eux un outil primordial et que la distinction entre chercheurs et ingénieurs d’application perd son sens ancien. Or, l‘informatique est bien plus difficile qu’on ne le croit souvent, comme nous le verrons dans une analyse rapide des bugs qui ont détruits ou failli détruire des instruments précieux comme Schiaparelli, Spirit et Pathfinder.
vendredi 27 octobre 2017 - 11:00
Amphithéâtre Henri Mineur, Institut d'Astrophysique de Paris
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