ROGER-MAURICE BONNET (1937-2026)
Roger-Maurice Bonnet
Crédit : Jean Mouette /IAP-CNRS-SU
L’astronomie spatiale européenne et française ainsi que l’IAP sont en deuil : notre ami, Roger-Maurice Bonnet, qui fut associé à notre laboratoire depuis 2001, vient de mourir le 19 janvier à Clermont-Ferrand. Sa carrière d’astrophysicien spatial est particulièrement impressionnante. Celle-ci débute en 1968 avec sa thèse qui consista à observer et interpréter les émissions du Soleil dans l’UV.
De 1969 à 1983, il dirige le Laboratoire de Physique stellaire et planétaire (LPSP) à Verrières-le-Buisson, qui deviendra plus tard l’Institut d’astronomie spatiale (IAS) d’Orsay. C’est ainsi qu’il y développe plusieurs instruments spatiaux dévolus à l’analyse détaillée de la chromosphère et de la couronne solaire et contribue à la réalisation d’une caméra qui sera embarquée dans la sonde Giotto et qui prendra les premières images du noyau d’une comète, en l’occurrence la comète de Halley.
À la naissance du LPSP, la préparation d’un instrument à bord du satellite OSO-8 avait été obtenue auprès de la NASA. Ce fut à cette époque, une grande première qui a ouvert au LPSP la route de nombreuses études en physique solaire. Mais cela s’est fait avec l’empreinte de Roger-Maurice, qui a tenu à ouvrir l’accès de ce satellite à tous les astronomes du monde : il venait d’imaginer la mise en place d’un programme d’observateurs invités, une initiative qui est de nos jours utilisée de façon quasi systématique, voire incontournable.
C’est cette qualité d’ouverture sur le monde extérieur, toujours présente, qui a permis à Roger-Maurice lorsque celui-ci devint directeur du programme scientifique de l’ESA de 1983 à 2001 de démarrer tant de programmes exceptionnels connus de tous et qui ont placé l’Europe au cœur de l’aventure spatiale. En effet, pendant ce prestigieux mandat, il établit avec grand succès le premier programme scientifique à long terme de cette agence, appelé Horizon 2000 comprenant un mélange particulièrement harmonieux de missions spatiales de toutes dimensions. Sous sa direction, sont lancés les satellites Giotto, Hipparcos, Huygens, ISO, SOHO, XMM-Newton, Cluster, Rosetta et Integral. Il supervisa également la contribution européenne au HST (le Télescope Spatial Hubble) et à Ulysses. En 1995, il conçoit le programme Horizon 2000 plus qui sera approuvé en 1996 et qui comprend entre autres Mars Express, la mission lunaire SMART-1, GAIA, BepiColombo, LISA Pathfinder.
C’est également pendant son mandat que le James Webb Space Telescope qui doit succéder au HST est conçu et décidé, toujours avec une participation européenne. En 1999, il définit avec ses collaborateurs la stratégie de l’ESA pour l’observation de la Terre qui donnera naissance au programme Living Planet.
Les qualités d’écoute qu’il avait ont fait de lui un leader apprécié de tous, en physique solaire, mais bien au-delà, dans tous les domaines de l’astrophysique observationnelle, qui a fait des pas de géants depuis l’arrivée de Roger-Maurice à la tête des programmes scientifiques de l’ESA.
Son départ de la fonction de directeur du programme scientifique de l’ESA en 2001 ne marque évidemment pas la fin de sa carrière scientifique exceptionnelle : après un bref passage au CNES en 2002 et 2003 comme directeur général adjoint, il préside le COSPAR (Committee on Space Research), l’équivalent de l’UAI pour le spatial de 2002 à 2010 et devient directeur exécutif de l’Institut International des Sciences Spatiales (l’ISSI) à Berne de 2003 à 2013.
Il fut l’auteur de deux livres, « les Horizons Chimériques », paru en 1993 et « Surviving 1000 centuries – can we do it », écrit avec L. Woltjer et publié plus récemment, ainsi que plus de 150 publications scientifiques. Parmi les très nombreuses distinctions qui vinrent récompenser sa brillantissime carrière, mentionnons les médailles de bronze et d’argent du CNRS respectivement en 1968 et 1976, le prix Deslandres de l’Académie des Sciences en 1980, le doctorat honoris causa d’Imperial College (Université de Londres) en 1997 et sa promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur en 1998.
Merci à toi, très cher Roger-Maurice : grâce à tout ce que tu as accompli pour la communauté spatiale, tu as su nous ouvrir les yeux sur l’Univers dans toutes ses composantes.
Le communiqué de presse de l'Agence spatiale européenne (ESA, en anglais).
Conférence organisée par l'IAP le 7 mai 2019 : « Battre la NASA ? Impossible ? ».
Conférence donnée à l'IAP le 7 avril 2009, par Roger-Maurice Bonnet et Lodewijk Woltjer : « L'humanité peut-elle survivre 1000 siècles ? ».
Janvier 2026